Comprendre et estimer la hausse du niveau de la mer

La revue La MĂ©tĂ©orologie a rĂ©cemment publiĂ© un article co-signĂ© par Anny Cazenave et Lancelot Leclercq pour comprendre et estimer le rĂŽle des observations dans la hausse du niveau de la mer. Cet article prĂ©sente les rĂ©sultats les plus rĂ©cents sur les variations du niveau de la mer aux Ă©chelles globales, rĂ©gionale et locale, les causes des changements observĂ©s et les trajectoires possibles de l’élĂ©vation future du niveau de la mer.

« Le niveau de la mer s’élĂšve aujourd’hui Ă  un rythme accĂ©lĂ©rĂ©, c’est ce que montrent les satellites altimĂ©triques qui le surveillent
en routine depuis plus de trois décennies ».

Anny Cazenave, Lancelot Leclercq

Depuis le lancement de l’altimĂ©trie satellitaire en 1993, les mesures continues et inter-calibrĂ©es montrent une augmentation du niveau moyen mondial de plus de 10 cm. Cette Ă©lĂ©vation s’accentue fortement ces derniĂšres annĂ©es et varie sensiblement d’une rĂ©gion Ă  l’autre. La mission SWOT, mise en service fin 2022, fournit dĂ©sormais des mesures Ă  trĂšs haute rĂ©solution spatiale, permettant d’observer la topographie de la surface ocĂ©anique jusqu’à proximitĂ© immĂ©diate des cĂŽtes.

D’autres systĂšmes d’observation spatiaux et in situ permettent de quantifier les diffĂ©rentes contributions Ă  la hausse du niveau marin, permettant par lĂ -mĂȘme, une approche indĂ©pendante de la validation de la composante globale mesurĂ©e par altimĂ©trie.

  • Les marĂ©graphes : Ces instruments cĂŽtiers fournissent des enregistrements historiques prĂ©cieux des variations relatives du niveau de la mer par rapport Ă  la croĂ»te terrestre.
  • Le rĂ©seau Argo : Environ 4 000 flotteurs profileurs autonomes mesurent la tempĂ©rature et la salinitĂ© des ocĂ©ans jusqu’Ă  2 000 mĂštres de profondeur. Les variations de tempĂ©rature et salinitĂ© reprĂ©sentent la composante stĂ©rique du niveau de la mer. Le rĂ©seau Deep Argo, en cours de dĂ©ploiement, sera en mesure de fournir des donnĂ©es de tempĂ©rature, salinitĂ©, oxygĂšne de l’ocĂ©an profond jusqu’à 6000 m de profondeur.
  • La gravimĂ©trie spatiale (missions Grace et Grace-FO) : LancĂ©es en 2002 et 2018, elles mesurent les redistributions de masse pour estimer les composantes manomĂ©trique et barystatique du niveau marin. La composante barystatique quantifie l’apport de masse d’eau Ă  l’ocĂ©an dĂ» Ă  la fonte des glaces continentales et aux eaux terrestres. La composante manomĂ©trique reprĂ©sente la redistribution des masses d’eau ocĂ©anique, dĂ©jĂ  dans l’ocĂ©an.
  • L’interfĂ©romĂ©trie radar (InSAR sur Sentinel-1) et le GNSS : UtilisĂ©s pour mesurer les mouvements verticaux du sol (subsidence), amplifiant la hausse de la mer Ă  la cĂŽte.

En combinant depuis le dĂ©but des annĂ©es 1990 des mesures satellites avec d’autres technologies spatiales, la perte de masse des calottes polaires a pu ĂȘtre estimĂ©e. Le Groenland a ainsi perdu 5000 milliards de tonnes de glace continentale, avec une accĂ©lĂ©ration depuis les annĂ©es 2000. L’Antarctique a lui aussi perdu 3000 milliards de tonnes de glace continentale.

La hausse du niveau des ocĂ©ans reprĂ©sente un indicateur clĂ© du rĂ©chauffement climatique. Les consĂ©quences de la montĂ©e du niveau de la mer se manifestent surtout lors d’évĂšnements extrĂȘmes (tempĂȘtes, cyclones, marĂ©es de grande amplitude). En France, 22% du littoral subit dĂ©jĂ  l’érosion et le recul du littoral. Les modĂšles climatiques projettent des Ă©lĂ©vations du niveau de la mer allant de 30 cm Ă  plus d’1 m d’ici la fin du siĂšcle, selon les scĂ©narios d’émissions de gaz Ă  effet de serre. Pour tous les scĂ©narios, la contribution la plus importante proviendra de la fonte des glaces continentales.

Plus d’information

  • Cazenave, Anny ; Leclercq, Lancelot. RĂŽle des observations pour estimer et comprendre la hausse du niveau de la mer. La MĂ©tĂ©orologie, 132, 16-24, 2026. 10.37053/lameteorologie-2026-0008

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