El Niño 2026 : des observations complémentaires et pérennes essentielles

L’épisode El Niño 2026 s’annonce comme l’un des plus intenses jamais enregistrés, marqué par une vitesse de développement inédite et des anomalies thermiques en subsurface dépassant +8°C. Lors d’un webinaire du pôle Océan ODATIS fin septembre 2026, Jérôme Vialard (IRD/LOCEAN-IPSL) et Sophie Cravatte (IRD/LEGOS), ont présenté un panorama complet des mécanismes de l’oscillation australe (ENSO), du comportement inédit de l’épisode 2026 et des enjeux stratégiques de l’observation de cet événement d’ampleur planétaire.

Le phénomène El Nino-Oscillation Australe (ENSO en anglais) est un mode de variabilité climatique couplé océan-atmosphère, dominant la planète aux échelles interannuelle. Dans les conditions normales maintenues par le souffle régulier des Alizés, l’océan Pacifique est marqué par un gradient de température entre l’est et l’ouest : eaux chaudes à l’ouest du bassin (Warm Pool) et remontées d’eaux froides (upwelling) à l’est. La mécanique d’un El Niño repose sur la rétroaction positive de Bjerknes, une rétroaction positive entre l’océan et l’atmosphère qui permet à El Niño de croître : l’anomalie positive de température des eaux de surface favorisent des pluies dans le Pacifique central avec pour effet d’affaiblir les alizés et l’upwelling à l’est, et d’entrainer la formation d’anomalies chaudes de température en subsurface. Des coups de vents stochastiques avec des variations rapides rendent cette mécanique beaucoup moins prévisible :

  • Un coup de vent d’est peut renforcer l’upwelling, ramener des eaux froides en surface et créer une anomalie froide qui peut croître en La Niña. Mais un coup de vent d’est peut aussi interférer avec un El Niño en cours de croissance, inhiber son développement et ramener le système à la phase normale.
  • Au contraire, des coups de vent d’ouest sur une situation établie d’anomalies de chaleur importantes sous la surface peuvent vite transformer un El Niño normal en El Niño extrême. C’est cet emballement qui amène à la situation de l’épisode El Niño 2026, avec des anomalies de température dépassant +8 °C le long de l’équateur en subsurface.

Selon les compilations des centres de prévision saisonnière, la probabilité qu’El Niño atteigne un niveau extrême d’ici la fin de l’année 2026 s’élève à 90 %, avec 75 % de chances de dépasser en amplitude les grands épisodes historiques de 1982-83, 1997-98 et 2015-16. En superposant son signal thermique (+0,1 à +0,3 °C) au réchauffement anthropique à long terme (+1,4 °C depuis l’ère préindustrielle), cet épisode devrait faire de 2027 une année record pour la température moyenne globale.

Observer pour prévoir et comprendre El Niño

Un système d’observation pérenne est essentiel avec des données complémentaires de satellites, de flotteurs Argo et de mouillages ancrés : 

  • Pour détecter et décrire les événements El Niño / La Niña et leurs impacts en suivant l’état de l’océan et de l’atmosphère.
  • Pour alimenter les systèmes de prévision d’ENSO et les rendre plus performants.
  • Pour mieux comprendre ENSO et les processus dynamiques en jeu, en particulier ce qui fait qu’on peut basculer vers un “El Niño extrême”.
  • Pour comprendre comment ENSO va évoluer dans un climat futur, ce qui nécessite un besoin critique d’observations pérennes sur le long terme. »

Le système d’observations du Pacifique Tropical (TPOS) combine ces multiples observations de multiples plateformes : des bouées ancrées, des mesures par navires scientifiques et marchands, des marégraphes, des drifters de surface, ainsi que :

  • Une constellation de satellites d’observation : mesure globale de la hauteur de la mer, de la température, de la salinité, des vents de surface et de la couleur de l’océan.
  • Un réseau de flotteurs Argo : déployés depuis le début des années 2000, ces flotteurs autonomes transmettent des profils de température, salinité et pression jusqu’à 2 000 mètres, complétés par les flotteurs profonds Deep-Argo (jusqu’à 5000 ou 6000 mètres) et les flotteurs biogéochimiques BGC-Argo. Des véhicules autonomes (gliders, Saildrones) complètent ce dispositif lors d’expérimentations.

En 2020, ce projet international TPOS 2020 a réévalué ces besoins avec un message clé reposant sur la complémentarité de toutes ses composantes : une vue globale de la surface à partir des données satellites, une vision sous-marine du réseau de flotteurs Argo et des données à haute fréquence des mouillages fixes.

Toutes ces données alimentent les systèmes de prévision, avec un horizon de prévisibilité de plusieurs mois capables d’anticiper les impacts du phénomène El Niño.

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