Des données de sargasses pour détecter, modéliser et anticiper
L’imagerie satellitaire en permettant de détecter la présence des sargasses constitue un outil essentiel pour aider à comprendre leur prolifération, leur origine et leur saisonnalité ; pour améliorer les prévisions et ainsi anticiper localement les prochains pics de prolifération et d’échouages à la côte.
Les sargasses sont des macroalgues brunes pélagiques, qui dérivent à la surface et sub-surface des océans ; se regroupent en haute mer sous la forme de bancs, de nappes, de radeaux et de filaments de tailles variables (jusqu’à plusieurs centaines de mètres) et qui peuvent eux-mêmes s’agréger en structures de plusieurs kilomètres de long et d’épaisseurs variables (de quelques dizaines de centimètres à plusieurs mètres).
Les efflorescences de sargasses apparaissaient préférentiellement dans les limites de la mer des Sargasses, mais depuis 2011, elles se développent et s’étendent dans la « Grande ceinture atlantique de sargasses » (Great Atlantic Sargassum Belt – GASB) de l’océan Atlantique tropical : Golfe du Mexique, Caraïbes, Brésil équatorial ainsi qu’en Afrique de l’Ouest, du Sierra Leone jusqu’au golfe de Guinée.
En 2009-2010, une forte anomalie négative de l’oscillation nord-atlantique (NAO) a engendré des courants de surface inhabituels ayant transporté les sargasses de leur mer d’origine vers l’est et a initié l’introduction des sargasses dans le système tropical de l’Atlantique, où elles rencontrent désormais des conditions naturellement plus favorables à leur développement.
La saison 2026 s’annonce comme l’une des plus intenses depuis le début des observations en 2011. À la fin du mois de mai 2026, les surfaces cumulées de sargasses détectées dans les zones de surveillance autour de la Martinique ont atteint des niveaux records.
Des impacts sanitaires, écologiques et économiques majeurs
Alors que ces bancs de sargasses constituent, en haute mer, de véritables oasis de biodiversité pour de nombreuses espèces, leurs pics de prolifération et leurs échouages massifs sur les côtes provoquent des impacts sanitaires, écologiques et économiques majeurs.
Leur décomposition anaérobie libère des gaz toxiques (sulfure d’hydrogène, ammoniac) provoquant des symptômes parfois graves. En absorbant les polluants de l’océan (notamment des métaux lourds) les nappes échouées peuvent également engendrer une pollution indirecte des nappes phréatiques.
Sur le plan écologique, ces algues asphyxient les habitats des petits fonds, herbiers et récifs coralliens, tout en constituant une barrière à la ponte des tortues sur la plage et un piège mortel pour les jeunes tortues marines qui rejoignent l’océan.
Les méthodes de ramassage mécanique d’urgence arrachent d’importantes quantités de sable, aggravant l’érosion côtière face aux vagues et aux cyclones.
Enfin, les impacts économiques sont majeurs, affectant lourdement le tourisme, la pêche, l’immobilier, tout en imposant des coûts de gestion colossaux.
Surveillance satellitaire et modélisation : des outils d’aide à la décision
L’imagerie satellitaire en permettant de détecter la présence des sargasses à l’échelle du bassin atlantique et à l’approche des côtes, constitue un outil essentiel pour aider à comprendre leur prolifération, leur origine et leur saisonnalité ; pour améliorer les prévisions et ainsi aider les communautés locales à anticiper les prochains afflux de ces marées brunes.

Leur détection repose sur l’exploitation de la signature optique des sargasses en combinant les réflectances à différentes longueurs d’onde reçues par des capteurs embarqués sur divers satellites (Sentinel-2 et 3, Aqua et Terra, Landsat-8 et 9, GOES-16, VENµS, …). Après traitement et corrections de ces mesures, des indices de réflectance spectrale (comme le FAI « Floating Algae Index » ou le AFAI « AFAI Alternative FAI » ) sont calculés ; ce sont ces variables que l’on retrouve directement dans les fichiers de données. Ces différents capteurs offrent une résolution spatiale allant d’une vision globale à 1 km (Aqua & Terra) jusqu’à une précision côtière de 4 m (Venµs). La détection des sargasses n’est possible que si elles sont suffisamment abondantes et agrégées ; des bancs de sargasses isolés et peu étendus, en deçà de la résolution du capteur ne peuvent être détectés.
Pour atténuer les effets des nuages et améliorer le rapport signal/bruit, l’imagerie composite est souvent utilisée en combinant les réflectances de plusieurs capteurs, sur une période donnée.
Modélisation du transport et prévisions

En complément de la détection des sargasses dans l’océan à partir d’images satellitaire, la modélisation de leur dérive permet de prédire l’évolution des proliférations de sargasses et leur échouage à la côte ; essentiels pour concevoir des stratégies efficaces d’adaptation et d’atténuation dans les régions touchées.
Le produit de « Modélisation des prévisions saisonnières des sargasses » est un modèle basé sur le modèle NEMO (Nucleus for European Modelling of the Ocean), initialisé à partir d’observations satellitaires et qui intègre le transport des sargasses par les courants et les vagues (dérive de Stokes), tout en prenant en compte la physiologie de ces macroalgues, pour estimer leur croissance (en fonction notamment des sels nutritifs – réserves internes des sargasses et contenus dans le milieu-, de l’irradiance et de la température de l’océan), et leur décroissance (en fonction de leur sénescence naturelle et de l’état de la mer par exemple).
Ce modèle, avec une résolution horizontale de 1/4° et permettant de produire chaque mois des prévisions sur les 7 mois à venir, exprime la couverture surfacique (FC : Fractionnal Coverage) selon une version historique développée par IRD/LEGOS et complétée par une version opérationnelle pour le Service Marin Copernicus.
Des projets structurants de collaboration étroite entre recherche et gestion opérationnelle
Face à l’ampleur et à l’impact des échouages de sargasses, la communauté scientifique et les organismes opérationnels se sont mobilisés à travers de nombreux projets structurants pour l’élaboration de jeux de données et d’outils de suivi et de prévision saisonnière, qui répondent aux besoins des acteurs locaux. Nombre de ces projets sont soutenus et pilotés par les agences nationales (ANR, CNES, …).
Le pôle Océan ODATIS centralise et héberge ces jeux de données issus de ces projets et garantit ainsi leur accessibilité tout en répondant aux besoins de mutualisation et de partage des données pour qu’elles soient facilement exploitables par tous les utilisateurs : à destination de nouveaux travaux de recherche ou à destination des utilisateurs finaux, gestionnaires locaux.
Ce graphique existe en version interactive pour prendre directement connaissance des détails des différents produits selon leur résolution spatiale, période couverte, noms des producteurs du jeu de données, lien vers la fiche de métadonnées dans le catalogue ODATIS…
Plus d’information
- sur le pôle ODATIS : Accès aux produits de détection et modélisation des Sargasses sur le catalogue; les fiches de métadonnées du catalogue donnent accès à une description détaillée de chaque produit, l’accès aux fichiers de données, et à une liste de références bibliographiques de référence.

