Les données spatiales au service des institutionnels publics pour faire face aux enjeux de nos territoires grâce au plan France 2030
Lutter contre les feux de forêts et les incendies, mieux gérer la ressource en eau, anticiper les chocs économiques, préserver la biodiversité de la pollution lumineuse, ce sont autant d’exemples d’applications là où les données spatiales peuvent jouer un rôle clé dans les prises de décision grâce à leur richesse d’information, leur large couverture géographique et leur mise à jour régulière. Le volet spatial du plan France 2030 et plus particulièrement, sa composante dédiée à la valorisation de la donnée spatiale, a permis le lancement de plusieurs démonstrateurs de services autour de 7 thématiques phares pour lesquels les acteurs publics français ont appuyé un réel besoin en données et services dérivés. En ce début d’année 2026, voici un état d’avancement des projets en cours.
Suite à la collecte des besoins auprès des acteurs publics français en données spatiales et services associés via un appel à manifestation d’intérêt (AMI) lancé par le CNES en 2023, les cas d’usages les plus prometteurs ont pu bénéficier d’un soutien de France 2030. Ce soutien a été apporté sous la forme du financement de commandes publiques dédiées, opérées par le CNES pour le compte des institutionnels publics français (les utilisateurs) dans le but de développer des démonstrateurs de services basés sur les données spatiales qui répondent à leurs besoins.
Sept thématiques ont pu être identifiés puis traduites en spécifications techniques pour lesquelles des consultations ont été lancées sur la période 2023-2025.
Aujourd’hui, les entreprises lauréates sélectionnées, les démonstrateurs de services basés sur la donnée spatiale sont en cours de développement mobilisant près d’une trentaine d’acteurs français du spatial :
- Hydrologie spatiale
- Surveillance et gestion de crise
- Bande côtière
- Indicateurs économiques
- Pollution lumineuse
- Surveillance maritime (à venir)
- IOT (à venir)
Les acteurs publics français qui ont exprimés leur besoin en données spatiales et services associés, aux profils variés participent aux différents projets.

Cette participation s’articule de différentes façons au travers du comité de pilotage entre utilisateurs et le CNES pour faire l’état d’avancement du projet et d’ateliers avec les fournisseurs de services pour définir les besoins et partager les avancées. Les utilisateurs ont l’opportunité de tester les produits et services développés dans leur environnement opérationnel tout en faisant des retours d’expériences aux entreprises lauréates dans une logique d’amélioration continue des services.
En retour, ces premières références publiques permettront aux entreprises lauréates de se positionner sur de nouveaux marchés commerciaux, en France comme à l’export.
Cette co-construction inédite des services de démonstration entre les utilisateurs publics et les fournisseurs de services avec la participation du CNES est une opportunité à la fois dans la définition des services pour qu’ils répondent au plus près des besoins des utilisateurs publics mais aussi, dans le processus d’adoption des services.



Pour les premiers démonstrateurs de services des thématiques – Surveillance Maritime, Surveillance et Gestion de Crise, et Hydrologie spatiale – 2026 est une année décisive car les projets entament leur dernière année de la phase d’amorçage d’une durée moyenne de 3 ans. Les démonstrateurs de services sont maintenant déployés et opérés et les utilisateurs évaluent l’utilité et l’adéquation entre les usages et les besoins opérationnels avant un éventuel achat à travers leur propre procédure de marché.
Exemple de démonstrateur de service développé dans le cadre du projet France 2030 hydrologie spatiale dédié au suivi de la qualité des masses d’eau continentale en France
Le lac de Serre-Ponçon est le premier grand lac artificiel de France, un barrage avec de multiples missions : la fourniture en électricité (production d’énergie nécessaire à 2,1 millions personnes), en eau portable (distribution à 3 millions d’habitants) et industrielle, l’irrigation agricole de la basse Durance (jusqu’à 200 millions de m3 pour 800 000 m2 de terres irriguées), le tourisme (40% de l’activité touristique estival du département haut-alpin) et la lutte contre les effets de la sécheresse et la limitation de l’impact des crues (source).
Le réservoir fait partie des 500 plans d’eau surveillés dans le cadre de la Directive cadre européenne sur l’eau. Le suivi se fait généralement à l’aide de mesures in situ qui correspondent à des mesures ponctuelles dans le temps et dans l’espace.
Grâce au suivi spatio-temporel de la qualité de l’eau des plans d’eau sur le territoire français, rendu possible avec le projet France 2030 hydrologie spatiale, il est possible de surveiller et détecter toute anomalie à partir du traitement des images d’observation de la Terre tels que Sentinel-2, comme l’illustre l’exemple.
Par le biais de l’indicateur de transparence accessible sur l’ensemble du lac, on détecte 3 zones qui sont régulièrement moins transparentes que le reste du réservoir :
- la zone NE s’explique par la faible profondeur de l’eau,
- au sud, le niveau de transparence est très certainement affecté par l’apport en sédiment de la rivière, Ubaye
- la baie de Chanteloube, en revanche, les raisons des écarts du niveau de transparence sont moins évidentes, une des causes pourrait la station d’épuration qui se trouve dans cette zone.
Cet exemple montre l’importance d’une surveillance régulière afin de détecter et localiser rapidement toute anomalie de la qualité de l’eau. Le service proposé par le consortium permet de fournir des paramètres physico-biologiques sur l’ensemble du plan d’eau tous les 5 jours lorsqu’il n’y a pas de couverture nuageuse, un avantage certain qui vient compléter les données in situ de plus grandes précisions mais ponctuelles.
Figure : Lac de Serre-Ponçon avec du haut vers le bas, la carte de la transparence estimée par le consortium Magellium/VorteX-io et ses partenaires à partir des données satellitaires Sentinel-2 (haut 24 mai 2023, milieu : 23 juin 2023, bas : 12 août 2023), mettant en évidence trois zones distinctes et des anomalies au niveau de la baie de Chanteloube.



Pour les autres projets, lancés en 2025, le travail des entreprises lauréates a débuté par la consolidation des besoins, la définition et le développement des services. 2026 a été inauguré par l’ouverture des démonstrateurs des premiers services aux utilisateurs publics cibles et sera rythmé par des ateliers dédiés à leur présentation, une occasion de se retrouver et d’échanger autour de ces nouveaux outils et de leurs usages.
